Pathologie de la coiffe des rotateurs et travail
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Les atteintes des membres supérieurs qui figurent au tableau n°57 des maladies professionnelles sont des troubles musculo squelettique très fréquents. Pour mémoire les TMS reconnus représentent 85% du total des maladies professionnelles reconnues. Les TMS de l’épaule représentent 36% de l’ensemble des TMS reconnus en MP. Sachant qu’il existe vraisemblablement une sous déclaration des TMS de l’épaule. Dans un certain nombre ce cas les personnes opérées sont incapables de reprendre leur travail à 6 mois post opératoire. La majorité peut espérer un retour au travail dans les 8 mois post opératoires.
Certaines données de cet article sont extraites de cet article de l’INRS qui procède à une revue de la littérature à propos des pathologies de la coiffe des rotateurs dans un contexte professionnel : particularités et problématique du retour à l’emploi.
En 2018 : 39742 cas de TMS du membre supérieur ont été reconnus en maladie professionnelle dans le régime général, soit 91% du nombre total de TMS reconnus.
Quels sont les facteurs de risque du SCR, syndrome de la coiffe des rotateurs ?
L’origine du syndrome de la coiffe des rotateurs est multifactorielle. Des facteurs professionnels mais également personnels favorisent le processus dégénératif musculaire, tendineux et osseux.
Dans de nombreux cas, les TMS de l’épaule sont attribués au travail.
On distingue les contraintes biomécaniques et les facteurs de risques psychosociaux mais ces facteurs sont le plus souvent très intriqués.
Contraintes biomécaniques :
- hypersollicitation dans le travail manuel lourd,
- flexion et abduction répétée de l’épaule,
- travail avec les mains au niveau ou au-dessus du plan des épaules,
- sollicitation gestuelle excessive,
- travail musculaire statique des membres supérieurs,
- port de charge de plus de 10 kgs à une main, sur une épaule, au niveau ou au dessus des épaules,
- efforts élevés, répétitifs,
- utilisation d’outils vibrants
- traumatisme ou efforts violents qui excédent la déformabilité tendineuse
- cumul d’efforts et d’angles articulaires inconfortables ou extrêmes pendant des années voire des décennies
Facteurs de risque psychosociaux :
- exigence psychologique élevée,
- faible latitude décisionnelle, faible soutien social,
- situation de travail passive ou tendue,
- peu de contrôle sur la tâche,
- faible soutien par la direction,
- conflit au travail,
- travail stressant,
- travail monotone, i
- insatisfaction au travail.
De nombreuses études témoignent de relations entre ces facteurs et un SCR surtout en présence également de facteurs biomécaniques.
Il n’est pas facile de distinguer les phénomènes dégénératifs des phénomènes traumatiques.
Lire notre article : Coiffe des rotateurs, accident ou phénomène dégénératif, des critères ont été définis en Suisse en 2019 pour orienter. En effet en Suisse la prise en charge ne relève pas du même assureur en cas d’accident ou maladie donc la question de l’origine du syndrome de la coiffe des rotateurs est souvent posée.
Un traumatisme révèle souvent un phénomène dégénératif antérieur.
Les formes purement traumatiques sont rares et concernent surtout les jeunes (accident)
Les ruptures partielles de coiffe touchent plus les hommes que les femmes
Les ruptures totales transfixiantes augmentent avec l’âge ( surtout après 60 ans)
- Âge,
- genre féminin,
- obésité,
- diabète,
- présence d’un autre TMS
- ou antécédent traumatique,
- forme de l’acromion
sont déterminants.
L’association surpoids, diabète et lésions de l’épaule plaident en faveur d’un mécanisme métabolique physiopathologique dans la genèse des lésions de l’épaule.
- Travail domestique
- Sport
en loisir :un style de vie actif avec entraînement physique approprié et d’intensité modéré peuvent accroître les capacités fonctionnelles au-delà d’un seuil minimal.
Pathologies dégénératives de l’épaule, syndrome de la coiffe des rotateurs
Ces pathologies concernent :
- les tendons des muscles supra épineux, infra épineux, et sous scapulaire.
- et le tendon du long biceps : il participe à la stabilité de l’épaule mais ne fait pas partie des muscles de la coiffe des rotateurs ;
Dans le domaine professionnel, les 2 diagnostics les plus fréquents sont :
Conflit sous acromial : se traduit par friction et effrittement des tendons dans l’espace sous acromial ( réduction de cet espace lors de l’élévation du bras).
3 stades évolutifs caractérisent ce conflit :
- stade I sujets de moins de 25 ans : œdème et hémorragies
- stade II : sujets de 25 à 45 ans : fibrose et tendinopathie de la coiffe des rotateurs
- Stade III . après 45 ans : rupture partielle ou totale de la coiffe des rotateurs
Tendinopathies de la coiffe ( tendinopathie non rompue, puis rompue).
La plupart des ruptures de tendons de la coiffe débutent par un conflit sous acromial.
Avec l’avancée en âge et l’aggravation du conflit sous-acromial, les tendons dégénèrent, et développent des déchirures macroscopiques.
Ces tendinopathies de la coiffe sont favorisées par des conditions anatomiques et physiologiques particulières . L’acromion peut avoir une forme plus ou moins agressive pour les tendons de la coiffe des rotateurs.
Les tendons des muscles de la coiffe sont mal vascularisés et cheminent dans un espace sous acromial restreint, fortement sollicités et sont donc exposés au risque de tendinopathie puis ensuite de rupture.
Ces pathologies d’usure prédominent sur le tendon supra-épineux et le tendon du long biceps.
Au départ la douleur est occasionnelle, puis continue lors de mouvement ou de port de charges, puis au repos.
Au stade suivant, les tendinopathies de la coiffe des rotateurs se manifestent par une perte de force et une restriction variable des amplitudes articulaires.
C’est surtout l’évaluation chirurgicale qui permet de réaliser un diagnostic fin, en complément de l’échographie, IRM, arthroscanner.
Physiopathologie du SCR, syndrome de la coiffe des rotateurs
On assiste à une évolution dégénérative des tendons de la coiffe des rotateurs avec l’avancée en âge : effritement des tendons dans l’espace sous-acromial dont la dimension est restreinte.
Cela se produit à des angles critique d’élévation du membre supérieur.
- Quand les muscles de la coiffe se situent entre acromion et tête humérale, il y a une réduction de l’espace sous acromiale notamment durant l’élévation du bras,
- Il y a également des perturbations vasculaires à l’origine d’une ischémie de l’épaule lors de l’élévation et l’abduction du bras (par compression vasculaire ou augmentation de la pression intra musculaire, lors des mouvements d’abduction et d’élévation antérieure).
- Des phénomènes inflammatoires sont également présents.
- Eœdème et phénomènes cicatriciels sous forme de fibrose et d’adhérence de la capsule de l’articulation gléno humérale et des tissus mous environnants sont souvent présents.
Examen de l’épaule
Examen de l’épaule : vidéo très explicite pour les médecins.
Facteurs pronostiques péjoratifs du syndrome de la coiffe des rotateurs
Ces facteurs pronostiques péjoratifs expliquent la chronicité des douleurs ainsi que la durée de l’incapacité.
- Facteurs physiques :
travail manuel lourd, sollicitations biomécaniques excessives cumulées sur des décennies, mains au-dessus du plan des épaules de façon répétée, prolongée, vibration du système main-bras, absence de rotation des tâches. - Facteurs psychosociaux :
exigence psychologique élevée, faible latitude décisionnelle, peu de contrôle sur le travail, de marge de manœuvre, tâches monotones - Contexte professionnel :
pathologie de l’épaule présumée en lien avec le travail, déclaration en accident ou maladie professionnelle
- Âge,
- sexe féminin,
- atteinte de l’épaule du côté dominant,
- cause dégénérative c’est-à-dire non traumatique,
- en cas de stress, anxiété, dépression, douleur chronique : la production de cytokines inflammatoires est augmentée.
- antécédent d’arrêt de travail, surtout si arrêt de longue durée avant un avis spécialisé pour la pathologie de l’épaule,
- arrêt de travail avant chirurgie de l’épaule,
- douleurs sévères, prolongées,
- restriction sévère des amplitudes articulaires,
- comorbidité ( obésité, diabète, lombalgies, maladies articulaires inflammatoires et dégénérative, maladies cardiovasculaires et pulmonaires )
- dépression,
- croyance inappropriée en lien avec la situation,
- kinésiophobie,
- catastrophisme
- sollicitude excessive de l’entourage familiale .
Facteurs pronostiques du retour au travail à la suite d’une chirurgie de la coiffe des rotateurs
Les cas les plus précoces et les moins graves de pathologie de la coiffe des rotateurs sont pris en charge en médecine et kinésithérapie de ville.
Les cas les plus lourds relèvent de la chirurgie ( en l’absence de guérison après un traitement conservateur bien conduit). La rééducation est ensuite primordiale.
La chirurgie même si elle est réussie, ne permet pas une restitution ad integrum. La réparation tendineuse tend à restaurer une épaule fonctionnelle mais ne restitue pas les capacités d’une épaule jeune et intègre. Par conséquent pour certains types de postes de travail et en fonction de l’âge, le retour au travail s’avère difficile.

